Un article publié récemment par Hélène Degryse pose une question qui mérite d’être débattue : celle de la représentativité des sénateurs des Français établis hors de France. Il pointe la faiblesse de la participation aux élections consulaires, l’étroitesse du collège électoral sénatorial, le manque de lisibilité du système et la nécessité d’exiger davantage de transparence de nos parlementaires.

Sur plusieurs de ces constats, le débat est parfaitement légitime.

Mais encore faut-il ne pas confondre le diagnostic avec la solution.

La proposition avancée consiste notamment à passer de douze à six sénateurs représentant les Français établis hors de France et à renforcer parallèlement l’Assemblée des Français de l’étranger. C’est une option institutionnelle. Ce n’est certainement pas une conséquence automatique des chiffres présentés.

Et c’est précisément là que le débat devient intéressant.

La comparaison avec une « FIFAïsation » du Sénat est efficace médiatiquement. Elle suggère qu’une petite communauté pèserait autant qu’une immense communauté, comme chaque fédération nationale dispose d’une voix à la FIFA. Mais notre système n’est pas construit exactement ainsi.

Les 433 conseillers des Français de l’étranger élus en 2026 ne sont pas répartis au hasard entre les circonscriptions. Leur nombre dépend de la population française inscrite dans chacune d’elles. Les 77 délégués consulaires complètent justement ce mécanisme dans les circonscriptions les plus importantes.

Ce qui varie énormément d’un pays à l’autre, en revanche, c’est la participation.

Et voilà, à mon sens, le vrai sujet.

Quand quelques pour cent seulement des Français inscrits participent à une élection consulaire, nous avons un problème démocratique. Mais réduire le nombre de sénateurs ne fera pas voter davantage de Français. Cela ne rapprochera pas automatiquement les citoyens de leurs élus et cela ne résoudra pas davantage les difficultés quotidiennes rencontrées dans nos consulats.

Car pendant que nous débattons de la meilleure architecture institutionnelle, les Français de l’étranger continuent, eux, à vivre avec des problèmes beaucoup plus concrets.

État civil, certificats de nationalité française, transcriptions, renouvellement des documents, délais consulaires, retraites, aides sociales, bourses scolaires, fiscalité, accès aux services publics français depuis l’étranger, vote électronique, enseignement français : voilà ce qui occupe réellement nos compatriotes.

C’est également ce que nous constatons chaque jour sur le terrain.

La question devrait donc être simple : comment notre système de représentation peut-il être plus efficace pour eux ?

Pas pour nous.

Pas pour les partis.

Pas pour les groupes parlementaires.

Pas pour les stratégies d’appareil.

Pour les Français de l’étranger.

La Constitution française leur garantit d’ailleurs une représentation à l’Assemblée nationale et au Sénat. Aujourd’hui, douze sénateurs les représentent, renouvelés par moitié tous les trois ans. Avant de décider qu’ils devraient être six plutôt que douze, il faudrait donc démontrer très précisément ce que cette réduction améliorerait pour nos compatriotes.

Quels services deviendraient meilleurs ? Quelle proximité supplémentaire créerait-elle ? Quels moyens seraient effectivement transférés vers les consulats ou vers les élus locaux ? Quel pouvoir supplémentaire serait donné à l’Assemblée des Français de l’étranger ? Quelles économies réelles seraient réalisées et où iraient-elles ?

Ce sont ces réponses qui doivent précéder une réforme, et non l’inverse.

Je suis en revanche totalement favorable à ce que l’on demande davantage de comptes à tous les élus des Français de l’étranger, quels qu’ils soient.

Un déplacement doit pouvoir être expliqué. Une mission doit avoir un objectif. Un parlementaire doit pouvoir montrer quels dossiers il a défendus, quels amendements il a portés, quelles situations il a débloquées et quels résultats il a obtenus. Sur ce point, demander davantage de transparence me paraît être une exigence démocratique parfaitement normale.

Mais on peut renforcer cette transparence sans commencer par réduire la représentation parlementaire des Français de l’étranger.

On peut également renforcer l’Assemblée des Français de l’étranger.

On peut donner davantage de moyens aux conseillers des Français de l’étranger, qui sont au contact quotidien de nos communautés.

On peut améliorer leur accès à l’administration, leur capacité de suivi des dossiers et leur rôle dans les conseils consulaires.

Et surtout, on peut travailler sérieusement à ramener les Français vers les urnes.

Le calendrier du débat mérite également d’être regardé avec lucidité. Cet article a été publié le 15 septembre, douze jours avant une élection sénatoriale particulièrement disputée, avec douze listes candidates pour six sièges.

Cela ne permet évidemment de prêter aucune intention particulière à son auteure. Mais cela rappelle une règle de prudence institutionnelle assez élémentaire : les règles démocratiques méritent d’être pensées pour durer, pas seulement à travers le rapport de forces du moment.

La représentation des Français de l’étranger a déjà connu de nombreuses réformes. Certaines ont été utiles. D’autres ont rendu le système plus complexe et beaucoup moins compréhensible pour nos compatriotes.

Avant d’en ajouter une nouvelle, commençons peut-être par faire fonctionner pleinement ce qui existe.

Nos communautés n’attendent pas de nouvelles combinaisons institutionnelles. Elles attendent des élus présents, accessibles, efficaces et capables de défendre leurs intérêts lorsque l’administration ou le législateur oublient la réalité particulière de la vie à l’étranger.

Voilà, pour moi, le débat essentiel.

La question n’est finalement pas de savoir s’il faut six ou douze sénateurs, davantage ou moins d’élus, une assemblée de plus ou une assemblée de moins.

La question est de savoir si chacun de ceux qui disposent aujourd’hui d’un mandat au nom des Français de l’étranger utilise réellement ce mandat pour eux.

C’est là-dessus que nous devrions concentrer notre énergie.

Parce que la représentation des Français de l’étranger ne doit jamais devenir un jeu de chaises musicales entre professionnels de la politique.

Elle doit rester ce qu’elle est censée être : un outil au service des Français qui vivent hors de France.